L'histoire de la gravure est l'une des plus fascinantes aventures artistiques et techniques de l'humanité. Définie par le geste d’inciser la matière pour créer une matrice capable de reproduire des images, la gravure se divise en trois grandes familles d’estampes : la taille d'épargne (relief), la taille-douce (creux sur métal) et l'impression à plat (lithographie).
Des premières empreintes sur pierre et bois jusqu'à l'apogée de la taille-douce sur cuivre et zinc, découvrez avec Plaquepourgravure, une marque créée par les ateliers Tartaix, comment l'art de graver a traversé les siècles.
1. Les Origines de la Gravure : De la Préhistoire à l'Antiquité
Bien avant l'apparition de l'imprimerie et du papier, le geste de creuser la matière pour marquer une empreinte ou une image est né durant la Préhistoire.
A. La Préhistoire : Creuser dans la pierre, l’os et l’ivoire
- L'outil de silex utilisé comme une première pointe sèche : L'Homme préhistorique utilisait un burin ou une pointe de silex (matériau à haute dureté) pour graver des supports plus tendres comme la pierre calcaire, l'os, le bois de renne ou l'ivoire de mammouth.
- Les premières matrices : on peut considérer les plaquettes de schiste retrouvées dans des grottes préhistoriques, comme les ancêtres des matrices. Le trait incisé y retenait parfois des pigments d'ocre ou de charbon.
B. L'Antiquité (vers 500 av. J.-C.)
Les origines de la gravure destinée à l'empreinte remontent à l’Antiquité aux environs de 500 avant J.-C., où les premières formes de gravure ont été retrouvées sur des pierres et des tablettes d’argile.
- Égypte ancienne : Les anciens Égyptiens utilisaient les techniques de gravure en relief ainsi que des cylindres gravés pour imprimer des motifs décoratifs sur des tissus.
- Sceaux romains et chinois : Les Romains et les artistes chinois gravaient des sceaux (les lapicides) dans la pierre ou le bois pour signer leurs œuvres, marquer des stèles ou authentifier des documents officiels.
2. La Gravure sur Bois (Xylographie) et les Premiers Imprimés
A. Chine : invention de l’impression et du Papier
La gravure sur bois, aussi appelée xylographie (du grec xylo « bois » et graphein « écrire ») est apparue en Chine entre le IIᵉ et le VIIᵉ siècle sous la dynastie Tang. Des images et des textes étaient gravés sur des planches en bois puis imprimés sur du papier.
Le papier, inventé en Chine au IIᵉ siècle, est introduit plus tard en Europe durant le Moyen Âge via l'Espagne et l'Italie (aux environs de Fabriano). Cette technique d’impression en relief a été largement utilisée pour illustrer des livres, des cartes à jouer, des estampes et des images religieuses.
B. Le premier bois gravé : Le Bois Protat
Le Bois Protat, datant du début du XVème siècle, est considéré comme le tout premier bois gravé européen connu à ce jour. La planche représente sur la première face une Crucifixion et au dos l’Annonciation. Elle est actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France (BNF) au département des estampes et de la photographie.
C. Les premiers livres xylographiques
Les premières gravures européennes sont souvent réalisées par des moines. Les images sont religieuses et servent à diffuser les évangiles auprès de la population. Inspirées des peintures ou des vitraux religieux, les gravures sont généralement expliquées avec un court texte.
Petit à petit, ces textes sont directement gravés dans la planche en bois, puis les feuilles imprimées sont assemblées ensemble, formant les premiers livres xylographiques. Aux environs du XVᵉ siècle, les illustrations se diversifient et les graveurs se mettent à représenter des personnages de romans ou des scènes de chevalerie.
3. L’imprimerie par Gutenberg et la Naissance de la Gravure en Taille-Douce (XVᵉ siècle)
A. La révolution de Gutenberg (vers 1450)
Vers 1450, Johannes Gutenberg invente l’imprimerie occidentale moderne à caractères mobiles en métal. Les Chinois ont été cependant les premiers à s’intéresser à l’impression en utilisant des caractères mobiles dès le IXᵉ siècle (le système ne s’est sûrement pas répandu à cause de la complexité de leurs caractères).
L'invention de Gutenberg entraîne la séparation définitive des textes typographiés et des images : les illustrations sont gravées à côté et signées par les graveurs.
B. L'orfèvrerie à l'origine de la gravure sur métal
La gravure en creux sur métal apparaît durant le Moyen Âge européen vers le XVe siècle. Elle apparaît de façon indépendant d'après le travail des orfèvres qui utilisaient des techniques de gravure pour décorer des objets en métal comme des armes ou armures métalliques.
Le passage de la gravure sur métal dans le but d'obtenir une estampe découlerait donc de la volonté des orfèvres de vouloir imprimer leurs dessins pour les conserver.
La gravure en taille-douce a connu un véritable essor auprès des artistes car elle permet de reproduire facilement des images en de nombreux exemplaires avec une précision de trait inégalée impossibles à obtenir avec du bois. Les artistes utilisaient alors des outils pointus et tranchants (burins, pointes sèches) pour graver des images dans des plaques en métal, le plus souvent dans des plaques de cuivre. La planche était ensuite encrée puis pressée sur du papier afin d’obtenir une estampe.
La gravure sur métal atteint son apogée durant la Renaissance grâce à des maîtres comme Martin Schongauer, Israhel van Meckenem et Albrecht Dürer, qui ont réalisé de nombreuses gravures en taille-douce célèbres dans toute l'Europe.
4. L'Évolution des Techniques Métalliques au XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècle
La gravure en creux sur métal a continué d’évoluer au cours des siècles avec l’arrivée de nouvelles techniques de gravure qui ont permis la création de nouveaux tons et de textures différentes :
- L'Eau-Forte (XVIIᵉ siècle) : Technique indirecte où l'acide morde le métal mis à nu à l'aiguille à travers un vernis. Perfectionnée par Jacques Callot (vernis dur) et sublimée par Rembrandt van Rijn, elle offre une immense liberté de tracé.
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- La Manière Noire ou Mezzotinte (1642) : Inventée par Ludwig von Siegen et diffusée par le Prince Rupert du Rhin avec l'utilisation du berceau, elle permet de travailler de l'obscurité vers la lumière pour créer des noirs d'une profondeur veloutée inégalée.
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- L'Aquatinte (XVIIIᵉ siècle) : Mise au point pour imiter le lavis (par Jean-Baptiste Le Prince), l'aquatinte repose sur la cuisson d'une résine à grain sur le métal pour créer des aplats de grises et des dégradés soutenus sous l'action de l'acide.
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L’impression traditionnelle abandonne petit à petit la gravure en relief sur bois pour la gravure en creux sur métal, car celle-ci permet d’obtenir des tirages plus nombreux et des détails d'une finesse impossible à atteindre sur bois.
5. Le XIXᵉ siècle : Zinc, Acier, Aciérage et Lithographie
Au XIXᵉ siècle, de nouvelles techniques d’impression plus rapides comme la lithographie ou la sérigraphie apparaissent et remplacent la gravure en taille-douce pour l'illustration de masse.
La lithographie, inventée par Aloys Senefelder en 1796, permet de reproduire des dessins directement sur des pierres ou des plaques en métal préparées sans avoir besoin de les graver au burin, ce qui accélère considérablement le processus de reproduction commerciale.
Les révolutions de la matrice métallique au XIXᵉ siècle :
- L'essor du Zinc : Plus économique et plus tendre que le cuivre, le zinc démocratise l'eau-forte dans les écoles d'art et les ateliers d'illustration. À savoir toutefois que le zinc s'use plus rapidement que le cuivre donc le nombre d'estampes obtenues reste inférieur par rapport à de la gravure sur cuivre.
- La Sidérographie (Gravure sur Acier) : Utilisée pour les billets de banque et timbres, l'acier permet d'imprimer des dizaines de milliers d'épreuves sans altération. L'acier est plus dur à graver que le cuivre, le laiton ou le zinc.
- L'Aciérage du Cuivre : Cette technique d'électro-déposition développée à Paris dépose une couche microscopique de fer sur le cuivre, offrant la résistance de l'acier tout en gardant la finesse du cuivre.
Cependant, des artistes majeurs comme Francisco de Goya ou Honoré Daumier ont continué d’utiliser la technique de la gravure sur métal pour créer des estampes d'une grande puissance dramatique.
6. Le XXᵉ siècle et la Pratique Contemporaine de l'Estampe Originale
Au XXᵉ siècle, de nouvelles expressions de la gravure apparaissent avec les grands mouvements artistiques comme le surréalisme, l’expressionnisme et l'abstraction. Des artistes majeurs comme Pablo Picasso (notamment avec la Suite Vollard), Henri Matisse, Marc Chagall ou Joan Miró ont expérimenté les différentes techniques de gravure sur métal à travers leurs œuvres.
Aujourd’hui, la gravure en taille-douce est encore pratiquée avec passion, mais elle coexiste avec des techniques d’impression plus modernes. Elle s'est recentrée sur la valeur d'art de l'estampe originale, encadrée par des règles strictes :
- Tirage limité et numéroté : Les épreuves sont signées et numérotées au crayon par l'artiste (ex. 15/30).
- Le Biffage de la plaque : Une fois le tirage achevé, la plaque métallique est rayée (biffée) afin de garantir qu'aucun autre tirage ne pourra être effectué.